Hier se clôturait la 9ème édition de Ruralitic, organisée par Sébastien Cote, président de Mon Territoire Numérique. Comme de coutume, les Universités d’été des territoires ruraux et numériques se sont déroulées dans le Cantal. Pour ce millésime 2014, l’évènement avait quitté Aurillac pour prendre ses quartiers au Château de Vixouze sur la commune de Polminhac.

John Billard, Vice-Président de l'AMRF

John Billard, Vice-Président de l’AMRF : « les élus ruraux sont loin de faire du numérique une priorité « 

Une belle occasion de prendre le pouls de la diffusion du numérique dans nos campagnes en présence de nombreux élus. « Le développement des infrastructures très haut débit est en marche, a indiqué en ouverture Akim Oural, Conseiller communautaire de Lille Métropole, membre du Conseil national au numérique (CNN) et auteur d’un rapport sur la gouvernance des politiques numériques dont la publication est imminente. Nous pouvons maintenant nous préoccuper de la révolution des usages. » La marche vers la généralisation des usages numériques dans les territoires ruraux semble encore longue.

L’élu rural semble le mieux placé pour promouvoir l’utilisation des services digitaux auprès des usagers. Pourtant, le constat est largement partagé, « il est urgent de former les élus locaux au numérique », a estimé Claudy Lebreton, Président de l’Assemblée des départements de France (ADF) et Président du Conseil général des Côtes d’Armor. « L’acculturation numérique des décideurs publics est une priorité car c’est un levier majeur de la diffusion du numérique dans les territoires », a renchéri Pascale Luciani-Boyer, Présidente d’honneur du Club des élus numériques et auteure de l’ouvrage « Les élus face au numérique ». Autrement dit et au bas mot, les élus des communes rurales n’ont pas encore conscience de toutes les potentialités offertes par l’outil digital. Une bonne idée lancée à l’auditoire est celle de la nomination d’un médiateur numérique dans chaque commune de France. Une piste qui mériterait d’être creusée d’autant que « les élus des petites communes rurales sont bien loin de faire du numérique une priorité ! », comme l’a expliqué John Billard, Maire de Le Favril, Vice-Président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) et membre du CNN.

Le très haut débit pour tirer les usages ? A moins que ce ne soit l’inverse…

Pascale Luciani-Boyer

Pascale Luciani-Boyer, Présidente d’honneur du Club des élus numériques : « les citoyens sont de bons ambassadeurs de la société numérique. »

Et quand les atouts du numérique sont assimilés, certains élus pestent sur la qualité de leur infrastructure d’accès à internet. Comme cet élu d’un petit village qui se saisit du micro tendu par l’animateur : « avec 512 kbit/s, la vitesse de connexion disponible sur ma commune, comment voulez-vous que je développe des services numériques de qualité ? » Le représentant d’un opérateur de réseau rebondit et en profite pour prendre vivement à partie les intervenants : « le déploiement du très haut débit en France est beaucoup trop lent. Si l’on veut des usages numériques dans les régions françaises, il faut accélérer l’installation de la fibre optique partout ! » Un chantier que ce participant évalue à 30 milliards d’euros, une enveloppe qu’il faudrait, selon lui, commencer par débloquer urgemment.

Le très haut débit pour tirer les usages numériques ? A moins que ce ne soit le contraire… « Bien souvent, les usages innovants tirent l’infrastructure », a dit Pascale Luciani-Boyer. Et, de son avis, il faut cultiver le principe de citoyenneté numérique : « ce sont les citoyens de la société numérique qui vont contribuer à imaginer les usages digitaux utiles à un territoire. » Le médiateur numérique est donc tout trouvé. A ce titre, il faut souligner la bonne initiative du Conseil régional d’Auvergne qui va mettre en place en septembre et en octobre prochains quatre « living labs », quatre laboratoires d’usages numériques dans quatre pays tests du territoire auvergnat. Des laboratoires qui vont, pour faire émerger des idées d’usages novateurs, mettre autour de la table lors de séances de travail collectif des décideurs publics, des acteurs privés et… des citoyens !