La 9ème édition de Ruralitic approche : les prochaines Universités d’été des Territoires Ruraux et Numériques se tiendront les 26 et 27 août prochain dans le Cantal, au château de Vixouze.

Portrait Sébastien Côte - LR

Sébastien Côte, Commissaire général de Ruralitic

L’arrivée du haut et très haut débit dans le monde rural est une aubaine pour les élus, les administrés et les organisations installées « au vert ». Ensemble, ils vont contribuer à l’émergence de nouveaux usages numériques et à la revitalisation des collectivités rurales.

Pour prendre le pouls de la mutation numérique des campagnes françaises, Digital MIF a rencontré Sébastien Côte, Commissaire général de Ruralitic.

Digital MIF : Vous êtes en train de préparer la 9ème édition de Ruralitic, au château de Vixouze, dans le Cantal. On parle beaucoup de la transformation numérique des entreprises, mais qu’en est-il de celle des territoires ruraux ?

Sébastien Côte : L’ambition est là, et la crainte de la relégation joue à plein quand on voit s’avancer les politiques de « métropolisation ». Les élus ruraux voient bien que le numérique fait partie du « minimum vital » exigé par leurs administrés et par les candidats à l’installation. Mais c’est un sujet qui leur semble encore technique, et ils sont un peu désarmés. Pourtant, individuellement, on voit beaucoup d’élus ruraux qui font des choses, qui fabriquent de la démocratie, de l’éducation, de la santé avec le numérique. Mais ce sont des initiatives locales, pas encore un grand mouvement d’ensemble.

La réforme territoriale qui s’annonce ne va-t-elle pas « geler » l’action ?

En France, nous avons la passion des structures et nous faisons et défaisons le mécano à l’infini, sans que rien ne change. Ce qui reste pour moi, ce sont les élu(e)s, des hommes et des femmes qui proposent à leur territoire des idées, des projets, et qui défendent, chacun à leur façon le dialogue entre démocratie et intérêt général. Ils le feront, quelle que soit la structure. Il y a des territoires ou le regroupement est pertinent, d’autres pas, il y a des communes, même petites, très actives et donc très utiles. D’autres collectivités, plus importantes, sont perçues parfois localement comme superflues, parce qu’elles agissent peu aux yeux des citoyens… Ce sont les hommes et les femmes qui font les politiques locales, pas les organisations. Avec Ruralitic, nous voulons donner des outils à tous les élus qui ont envie de porter un projet, de faire vivre vraiment la démocratie locale, avec les moyens d’aujourd’hui !

« Les élus ruraux voient bien que le numérique fait partie du « minimum vital » exigé par leurs administrés »

Quels sont précisément ces moyens à disposition des élus ?

9.000 écoles primaires rurales vont être connectées dans le cadre d’un programme d’Etat. Comment accompagne-t-on l’acquisition de la culture numérique des élèves ? Les enseignants ne pourront pas tout faire seuls et presque toutes les intercommunalités disposent d’un espace public numérique doté d’un animateur. Nous allons faire de ces animateurs, avec les élus, des « éducateurs numériques ». 5% des sites Internet des communes proposent de réaliser des formalités en ligne. Nous allons, avec le DEAR (Dispositif pour l’E-Administration Rurale), aider les élus à mettre en place les outils numériques de démocratie locale et de service public. Certains élus déplorent la perte de confiance des citoyens à l’égard du politique, même si c’est moins vrai localement. Mais le numérique permet de renouer le dialogue, de le rendre plus intense. Les forums en ligne soutiennent les réunions publiques, où l’on entend généralement seulement ceux qui sont « contre » le projet. Les Conseils municipaux en ligne permettent d’intéresser la population…

Vous évoquez là des outils numériques de démocratie participative, c’est une vieille promesse. Ça marche vraiment ?

Là où on le met en place, oui bien sûr ! Les élus locaux sont à la croisée des chemins. Ils doivent choisir entre deux postures : chef de village ou animateur de territoire. Le chef de village décide, les élus lui « délèguent » leur responsabilité collective, quitte à lui reprocher après. L’animateur de territoire fait « avec » les citoyens, il les « mouille », les implique, il leur fait comprendre que la Mairie n’est pas la sienne, mais la leur, la maison commune ! Avec le numérique, nous disposons de mille solutions pour faire vivre cette implication et cette relation.

Mais les territoires ruraux ont-ils les moyens de conduire ce genre d’action ?

Oui, car on parle de moyens humains, d’implication et de motivation. Pour les chantiers du haut et du très haut débit, les choses se jouent au niveau régional et surtout départemental. Mais ces réseaux ne prendront sens que si les territoires s’en servent, s’en emparent pour créer de nouveaux usages et de nouvelles activités. Le rôle des élus locaux est là, mettre les citoyens en face du projet, et devant un écran qui ne soit plus celui de la télévision ! Et je tiens à rappeler, quand on parle de réduction de dépenses, qu’un citoyen rural coûte à l’Etat 64€/an, à travers la Dotation Globale de Fonctionnement (l’argent que l’Etat verse aux collectivités) quand un urbain coûte 128€. Dans les communes de moins de 500 habitants, l’administration est assurée par 1 agent pour 166 habitants. Dans les villes de plus de 50.000 habitants, c’est 1 agent pour 53 habitants ! Si je voulais tirer le fil jusqu’au bout, le meilleur moyen de faire des économies sur l’administration locale, c’est de décréter l’exode urbain !

« Le meilleur moyen de faire des économies sur l’administration locale, c’est de décréter l’exode urbain ! »

Pour résumer, les élus ruraux ont donc les moyens de leurs ambitions…

Oui, ils savent les trouver. Ce qui leur fait défaut aujourd’hui, c’est de saisir tout ce qu’on peut faire avec les nouvelles technologies et de leur mettre en route de façon coopérative, avec leurs administrés. C’est ce que nous leur amenons, depuis 9 ans, à Ruralitic. La gouvernance locale change, et c’est tant mieux car l’élu seul face aux problèmes de sa commune, c’était devenu intenable.

Dans les campagnes, la fibre optique jusqu’au domicile de tous les abonnés (FTTH), c’est indispensable ?

Heureusement qu’on ne s’est pas posé la question pour l’eau et l’électricité ! Sinon nous vivrions tous dans le 7ème arrondissement de Paris… C’est évidemment un horizon indispensable. L’eau courante, ce fut l’hygiène et le recul des maladies. L’électricité a amené un confort et une qualité de vie inédite. Le FTTH va créer de l’activité économique. Il permet à des entreprises de toutes tailles d’émerger, de se structurer autour de cette ressource pour attaquer des marchés immédiatement mondiaux.

Le FTTH a vocation à devenir une commodité universelle. Le retour sur investissement lié à cette technologie vous semble donc évident ?

Je ne sais pas où naîtra l’innovation, mais nous savons que le FTTH présente un vrai profil de ROI. Investir dans des réseaux, comme le font l’Etat, les collectivités locales et les opérateurs, c’est fertiliser le territoire des entreprises de demain, qui ne ressembleront pas à celles d’hier ! Nous vivons une révolution profonde, toutes les activités sont impactées. Les élus locaux doivent être des guides pour les citoyens, et Ruralitic doit les aider à jouer ce rôle. Le rôle des élus et de la démocratie locale n’est jamais aussi important que dans les moments où nous changeons de monde. C’est à la Révolution française qu’ont été créés les communes et les départements, ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard… Le numérique aussi doit avoir ses Etats Généraux.