Jeanne est victime d’une agression dans le train de banlieue qu’elle a l’habitude de prendre tous les jours pour aller et revenir de son travail. Son agresseur lui demande son argent et son smartphone. Pourtant, il lui reste encore un moyen d’avertir l’agent de sécurité du train : Jeanne appuie sur le bouton d’alerte de son bracelet tactile passé à son poignet pour émettre un signal de détresse par vibration !

Un tel scénario sera bientôt possible grâce à l’entreprise Novitact, qui vient d’être désignée lauréate du Grand Prix Printemps Numérique et gagne ainsi une place gratuite sur l’Eureka Park au prochain CES Las Vegas 2015. Installée à La Croix-Saint-Ouen, une petite ville à côté de Compiègne, cette startup française fabrique un bracelet connecté, baptisé FeelTact, qui transmet des messages d’information par vibrations.

Pour en savoir plus sur le potentiel de cet objet connecté, Digital MIF a rencontré Vanessa Caignault, Co-fondatrice et Directrice générale de Novitact.

Digital MIF – Comment vous est venue l’idée d’un bracelet connecté communiquant par vibrations ?

Vanessa Caignault COO Novitact

Vanessa Caignault, COO, Novitact

Vanessa Caignault – L’idée émane du laboratoire de recherche Costech de l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), spécialisé en sciences cognitives et en interactions tactiles. En 2009, ils sont partis du constat que nous étions surchargés d’informations visuelles et sonores, et que le tactile et le toucher, mis à part le vibreur d’un téléphone, étaient très peu exploités. Ils ont alors cherché à mettre au point un dispositif qui ferait du toucher un vecteur d’informations à valeur ajoutée. Ils ont soumis cette idée au centre d’innovation de l’UTC qui disposait de budgets pour maturer ce type d’innovations. Thibaud Sévérini (CEO de Novitact, ndlr) a été recruté par l’UTC en juin 2011, et avec l’aide d’un enseignant-chercheur, ils ont entamé des travaux pour élaborer une solution de communication tactile et l’amener au marché. Thibaud a ainsi inventé le bracelet de communication par vibrations.

Comment vous êtes-vous rencontrés avec Thibaud Sévérini ?

Comme Thibaud (ingénieur informatique), je suis une ancienne « UTCéenne » (ingénieur en génie biologique). Après huit ans de marketing à Paris, j’ai été embauché en septembre 2011 par l’UTC comme chargée d’innovations. J’ai accompagné Thibaud sur les volets de la propriété intellectuelle et du marketing de l’innovation pendant deux ans. Le projet a bien évolué, un brevet a été déposé par l’UTC. Une étude de marché a démontré une opportunité intéressante, tandis que Thibaud a avancé sur le développement du produit sous la forme de bracelet. A la fin des deux années de maturation, Thibaud a quitté l’UTC en juin 2013 avec une ébauche du bracelet, et j’ai moi-même quitté l’UTC avec l’accord de l’Université en septembre 2013. L’entreprise Novitact ayant été créée dans la foulée en octobre 2013 avec la pleine propriété du brevet.

Photo bracelet FeelTact de Novitact

Le bracelet connecté tactile FeelTact

Comment avez-vous financé l’amorçage de Novitact ?

L’intérêt, c’est que le projet a mûri pendant deux ans au sein de l’UTC, avec des financements de l’Université, de la région Picardie, de l’Europe (fonds Feder). Pour amorcer la start-up, et au-delà de notre apport personnel, nous sommes pour l’instant allés chercher du financement auprès d’un Business Angel, de la banque CIC, de la plateforme lnitiative, du Réseau Entreprendre et de BPI France. Maintenant, une innovation technologique produit comme la nôtre est très consommatrice de cash. Il va falloir d’ici peu préparer une levée de fonds pour passer de la présérie à l’industrialisation de la solution.

Y aura-t-il de gros changements apportés au bracelet au passage à la production en série ?

Visuellement, il n’y aura pas de grands changements. Reste que le matériau du produit sera plus flatteur et le bracelet s’affinera et sera plus confortable. D’octobre dernier à aujourd’hui, nous avons complètement fait évoluer le format du bracelet. Auparavant, il était continu, il est désormais segmenté (voir photo ci-dessus) pour des raisons techniques. On a lancé le prototypage en janvier dernier. Fin mars, les unités fonctionnelles du bracelet étaient prêtes. Dès avril, nous avions les premiers rendez-vous prospects pour trouver des testeurs en situation réelle.

Cas Application FeelTact

Typologie d’usages du bracelet connecté de Novitact – Cliquer pour agrandir

A quel type d’applications destinez-vous FeelTact ?

Notre bracelet de communication tactile est particulièrement adapté aux situations où les communications visuelle et orale sont difficiles. Les environnements qui s’y prêtent le mieux sont ceux qui mettent en jeu la sûreté de la personne. On répond à des problématiques de travailleurs isolés ou de personnes en danger, en cas d’agressions dans les transports en commun par exemple. Nous sommes d’ailleurs sur le point de signer un premier test pilote avec une équipe de la SNCF qui nous suit depuis un an.

Le langage tactile par vibration véhiculé avec FeelTact est-il adaptable en fonction des usages ? Et est-ce un langage évolué ?

Oui. Pour nos messages vibratoires, on s’appuie sur quatre points de vibration et on joue sur la durée, l’intensité, la séquence vibratoire. On peut donc créer une multitude de messages. La limite est celle de la sensibilité, de la compréhension et de l’interprétation de l’utilisateur. Un appui sur le bouton du bracelet de l’émetteur pourra se traduire sur le bracelet du récepteur par un cercle de longues vibrations pour signaler que quelqu’un est en danger. Un second appui sur le bracelet de l’appelant pourra se changer en une autre vibration courte pour indiquer qui est en détresse. On parle de lexique adapté aux usages.

Fonctionnement bracelet FeelTact Novitact

D’une autonomie de plus de 3 jours, FeelTact communique en Bluetooth 4.0 Low Energy avec un device Android ou iOS. Il comporte 4 points de vibration. Sa recharge est assurée via un port USB.

On pourrait facilement transposer des langages comme le morse à FeelTact…

C’est exact. D’ailleurs, notre technologie intéresse les militaires ou les forces de l’ordre. FeelTact peut être paramétré pour communiquer un « vocabulaire » vibratoire complexe, mais je tiens absolument à dire qu’il sera utilisé principalement pour des usages simples faisant appel à seulement 4 ou 5 messages.

Comment comptez-vous attaquer le marché ?

Notre métier est de concevoir des objets connectés qui exploitent le sens du toucher. On n’a pas vocation à disposer d’une force de vente dédiée aux différents marchés potentiels. A terme, notre produit sera commercialisé en France et à l’international – aux Etats-Unis notamment – par des partenaires industriels, des fournisseurs de solutions de radiocommunication en environnement sensible par exemple. Mais, au démarrage, on veut travailler en direct avec quelques grands comptes pour démontrer la valeur d’usage de notre bracelet.

La vertu de votre bracelet perdrait tous son sens en cas de panne du réseau télécom…

C’est le problème de tous les objets connectés. Mais dans les domaines sensibles que l’on cible, les utilisateurs disposent souvent de terminaux radios durcis et communiquant sur des bandes de fréquences spécifiques.

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Quelques diapositives de présentation de Novitact