Demain a lieu le TEDx IssylesMoulineaux dans la tour Sequana de Bouygues Telecom. Une journée organisée par Innocherche sur le thème « On peut tout réinventer : de la ville à l’entreprise de demain », un renouvellement rendu possible grâce à la révolution numérique. La réinvention de la ville, des modes de vie, des business models et des modes de changement seront au centre des débats. Dix-sept orateurs de haute volée sont attendus parmi lesquels Isabelle Falque-Pierrotin, Geneviève Bouché, Gilles Babinet ou encore Jacques Attali.

Cet événement, monté sous la désormais célèbre franchise TED, est l’occasion d’en savoir plus sur le travail réalisé par Innocherche créée en 2009 et qui a pris en novembre 2013 le statut d’association. Celle-ci se présente comme un réseau de veille sur les innovations d’usage. Elle invite ses membres – dirigeants de grandes entreprises, sociétés innovantes et consultants experts – à porter un regard croisé sur les nouveaux usages numériques détectées. Entretien avec Bertrand Petit, Président Fondateur d’Innocherche.

Bertrand Petit, Président Fondateur d'Innocherche

Bertrand Petit, Président Fondateur d’Innocherche

Pour commencer, rappelez-nous quelle est la vocation d’Innocherche ?

Notre vocation est, d’une part, de faire de la veille sur les usages de façon transverse pour aider les dirigeants à anticiper les changements induits par le numérique, et, d’autre part, de les aider à passer à l’acte en sélectionnant des offres innovantes. Avec ce constat après 4 ans d’activité : les délais de ce passage à l’acte sont beaucoup trop longs. En France, il faut deux ans et demi pour finir par adopter une solution innovante. Aux Etats-Unis, dans la Silicon Valley, il ne faut que six mois.

Les dirigeants français ne comprennent donc pas la valeur de l’innovation ?

Le plus important, c’est de comprendre le concept « innovation comes from the fringe », c’est-à-dire qu’une société qui porte une innovation de rupture est toujours à la périphérie, à la bordure de l’écosystème. Pour aider les dirigeants sur cette dimension, il fallait que l’on ait une couverture très large de la veille, avec des antennes dans tous les écosystèmes.

Qu’a changé le nouveau statut d’association d’Innocherche ?

Au départ, nous allions à la rencontre des dirigeants. Aujourd’hui, nous les invitons à adhérer l’association. Les adhérents rejoignent Innocherche pour partager leur regard et leur expérience sur les usages innovants. Le droit d’entrée est de 2000 euros par an pour les grandes entreprises, et de 500 euros pour les petites sociétés. Quant aux consultants individuels qui s’acquittent d’une cotisation de 250 euros par an, ils font partie du réseau d’ambassadeurs de veille.

Innocherche met en place des « Think Tanks » et des collèges. Quelle est la différence entre ces deux approches ?

Les Think Tanks sont un outil pour prolonger la veille. Nous organisons 4 ou 5 voyages de veille chaque année (CES, Silicon Valley…) auxquels participent une quinzaine de dirigeants, toutes fonctions confondues. Et on débriefe le soir pour poser des regards croisés sur telle ou telle innovation découverte. Quand on revient à Paris, on continue ces échanges de vue au travers de différents Think Tanks, toujours avec une thématique transverse. On compte sept Think Tanks (voir ci-dessous). Les collèges, c’est différent. C’est statutaire. Nous avons trois collèges, celui des grandes entreprises et des dirigeants, celui des ambassadeurs, et celui des sociétés innovantes. La difficulté est d’ailleurs d’animer en parallèle ces trois collèges.

Quelle est la périodicité de vos réunions de travail ?

Les dirigeants membres du collège entreprises se réunissent trois fois par an lors de dîners. Le premier, qui a eu lieu le 3 avril, a rassemblé 45 dirigeants, qui ont bénéficié d’une synthèse à la fois de nos voyages de veille et du travail réalisé sur les sept Think Tanks.

La technologie a-t-elle sa place dans votre veille ?

Non. Nous faisons uniquement de la veille sur les usages. C’est un peu excessif, mais qu’est-ce que l’innovation ? C’est un produit ou un service qui rencontre un marché. C’est la rencontre avec ce marché qui crée la valeur, et cela passe par un nouvel usage. On regarde les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des signaux forts. Exemple. Le smartphone étant devenue une orthèse intellectuelle, Amazon a inventé un nouvel usage : le comparateur de prix sur smartphone. Vous passez devant un produit dans n’importe quel magasin, vous scannez son prix (code barre) et vous obtenu son prix sur Amazon. Du jour au lendemain, les magasins d’électronique grand public notamment sont devenus de simples show rooms !

Pourtant, sur le site d’Innocherche, vous mettez en avant des sociétés technologiques innovantes que vous présentez comme le fruit de votre veille…

On sélectionne des sociétés innovantes qui vont aider les gens à passer à l’acte et qui procurent un effet « whaou ». On dit aux dirigeants d’arrêter de procrastiner, d’arrêter de prononcer dans la même phrase « innovation et ROI », c’est absurde. Beaucoup des innovations passent par la digitalisation du monde.

L'écosystème de veille innovation d'Innocherche

L’écosystème de veille innovation d’Innocherche – cliquez pour agrandir

Vous parlez précisément de transformation radicale du monde. Mais où en est selon vous la transformation numérique de l’entreprise, ou plus simplement, l’entreprise numérique ?

L’entreprise numérique n’en est qu’à ses balbutiements. Demain, au TEDx, vous verrez une vidéo de Jeff Bezos qui fait l’analogie avec l’électricité. Au début, le déploiement de l’électricité, c’était pour allumer une ampoule. C’était un rôle très limitatif du rôle de l’électricité. Dans le digital, on en est là. Le numérique a un impact sur les business models et sur le management, et là, la question n’est pas de savoir si je bascule mais quand je bascule. On va tout réinventer. On va recréer des zones d’intermédiation avec le smartphone, où les anciens intermédiaires vont soit disparaître, soit vont devoir justifier leur raison d’être. Exemple, le jour où les virements d’argent pourront se faire directement d’un smartphone à l’autre, quel sera le rôle de la banque.

Innocherche organise donc le TEDx à Issy Les Moulineaux, une ville particulièrement innovante dans l’usage du numérique. L’espace urbain d’une cité ne constitue-t-il pas le meilleur terrain d’expérimentation de l’innovation ?

Oui en effet, c’est la bonne dimension, le bon réseau. La ville est la dimension politique où le citoyen a une véritable appréhension, où il peut comprendre la portée d’un changement. La politique locale intéresse le citoyen parce qu’elle impacte directement son quotidien.

La ville va-t-elle plus vite que l’entreprise dans l’adoption d’innovations de rupture ?

Potentiellement oui. Pourquoi toutes les villes de 200 000 habitants ont construit dans les années 90 des tramways en France ? Parce que c’était le seul projet d’infrastructure visible au niveau d’une ville qui peut être réalisé en moins d’une mandature. Résultat, les voitures ont été chassées du centre ville, et vous étiez réélu…

Chez Innocherche, est-ce que vous catégorisez les innovations détectées dans le cadre de votre veille ?

On prend des modèles. Un modèle doit aider le dirigeant à prendre des décisions. Notre modèle des 5 transformations sociétales est robuste. L’idée est de passer vos business models à l’aune de ces 5 transformations « from sedentary to mobile », « from virtual to rematerial », « from search to social filter », « from silo to ecosystem », « from human capture to machine capture ». Et on prend comme illustration l’évolution de l’industrie de la musique.

Le DSI est impliqué dans la transformation digitale de l’entreprise aux côtés d’autres directions métier. Son budget innovation se réduit comme peau de chagrin. Le changement numérique n’est donc vraiment pas pour maintenant…

90% des grandes entreprises ne sont pas capables de déployer de l’innovation de rupture. Ce qui signifie que les entreprises se renouvellent. Si l’on compare le classement Fortune 500 d’il y a 50 ans et celui de 2010, on constate que 80% des sociétés ont disparu ! Seules 20% résistent. Dans l’informatique, IBM est la seule société de la première vague qui a résisté. D’après les économistes, le prochain cycle de renouvellement ne sera pas de 50 ans, mais de 20 ans.

Les sept Think Tanks d’Innocherche

  • Nouveaux business modèles
  • Digital commerce
  • E-santé
  • E-éducation
  • Management 2.0
  • Big Data
  • Open Innovation