La transformation digitale et la notion d’entreprise numérique ne valent pas que pour les grands comptes. Pour développer l’économie numérique en France, il faut aussi se préoccuper de la mutation numérique des petites entreprises nationales. C’est l’ambition du programme « Transition numérique ». Celui-ci relève d’une initiative du ministère du Redressement Productif, lancée par Fleur Pellerin en novembre 2012. Objectif : pousser l’utilisation du numérique dans les TPE/PME, les éduquer sur les usages numériques, et les aider à migrer vers le digital. Un an et demi après son instauration, nous avons voulu faire un premier bilan de la mise en œuvre de ce programme et avons pour cela interrogé Laurent Pontégnier, Délégué général de l’association Transition Numérique Plus.

Laurent Pontégnier, Délégué général de ATN+

Laurent Pontégnier, Délégué général de ATN+

Digital MIF – Comment est déployé le programme « Transition numérique » en France ?

Laurent Pontégnier – L’idée du ministère a été de faire porter ce programme par les chambres de commerce et les chambres des métiers puisque ce sont les points de contact et de convergence des TPE/PME en région. Au sein des trois à quatre grands réseaux consulaires ont alors été identifiés 800 correspondants informatiques, chargés d’informer les petites entreprises et répondant aujourd’hui au nouveau label « conseiller au numérique ».

Qui discerne ce label ?

C’est la DGCIS (Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services), le bras armé du ministère, qui propose à ces conseillers de rejoindre le programme et de signer une charte d’engagement à se former, au encore à être agnostiques sur les solutions proposées aux entreprises.

Qui finance le conseiller au numérique ?

Les CCI vont financer les postes de conseiller numérique sur leur propre budget. Des montages régionaux existent où ce profil est co-financé par la CCI et le Conseil régional. Le système de financement ayant une incidence sur la fonction.

Le nombre de 800 conseillers est-il suffisant pour accompagner la mutation numérique des TPE/PME ?

Ce nombre progresse de façon constante. Nous espérons compter près de 1300 conseillers au numérique à la fin de l’année. Mais avec 800, nous avons déjà une bonne couverture territoriale. Un conseiller touche environ 100 entreprises par an, cela fait donc environ 80 000 entreprises qui peuvent être accompagnées dans l’usage des solutions digitales. A noter que le Cefac a été mandaté par la DGCIS pour mettre en place une formation diplômante de conseiller au numérique cette année ; les 15 stagiaires de la première promotion seront placés à coup sûr.

Nous devrions compter plus de 1300 conseillers au numérique fin 2014

Dans ce contexte, quel est le rôle de votre association Transition Numérique Plus (ATN+) ?

Ces correspondants informatiques sont motivés mais sont parfois en déficit d’éducation sur les solutions numériques. Le gouvernement n’avait évidemment pas le budget pour les former. Il a alors demandé aux industriels – éditeurs, constructeurs, syndicats professionnels… – de se regrouper en association, en l’occurrence ATN+, dont la vocation est de former ces conseillers aux nouvelles technologies et les faire progresser dans la compréhension des usages numériques. A ce jour, ATN+ rassemble une soixantaine de membres. On veille à varier la population de fournisseurs pour couvrir le plus largement le marché. On essaie de recruter des éditeurs français qui sont au contact des conseillers numériques en région. Mais, nous comptons également des acteurs internationaux comme Verisign, spécialiste de la gestion des noms de domaine en .com , .net ou .tv, qui a d’ailleurs développé votre-idee.net, un site à destination des PME.

Combien visez-vous de membres d’ATN+ l’an prochain ?

Une association comme l’Afdel rassemble plus de 300 éditeurs de logiciels. Je pense raisonnablement que nous devrions doubler le nombre de membres de Transition Numérique Plus en 2015. En attendant, nous devons continuer à montrer l’efficacité de nos actions.

Quels outils mettez-vous en place ?

Nous organisons des webinars (un tous les 15 jours) d’une durée d’une heure sur des thématiques très variées, e-commerce, cloud, réseaux sociaux, etc. Après une revue du marché et de ses tendances, deux de nos membres viennent présenter leur solution. Récemment, OVH et Prestashop sont venus présenter une solution de commerce électronique en ligne. Nous disposons aussi d’un intranet collaboratif à destination des conseillers sur lequel on publie des livres blancs par exemple. On organise également tous les ans une université d’été au Medef à Paris.

Près de 60% des petites entreprises ont un site internet - source : Opinionway/EBP

Près de 60% des petites entreprises ont un site internet – Source : Opinionway/EBP

Prévoyez-vous de partager les bonnes pratiques numériques des TPE ?

Nous sommes en train de préparer avec nos membres un guide qui expliquera la valeur d’usage d’une technologie et qui sera complété par des retours d’expérience concrets. Il sortira dans le courant de l’année.

La volonté d’accompagner les TPE/PME vers l’usage du numérique ne date pas d’aujourd’hui. En quoi le programme Transition numérique serait-il plus efficace ?

C’est vrai que ce sujet est un serpent de mer. La bonne nouvelle, c’est d’impliquer la CCI ou la Chambre des métiers où les entrepreneurs se rendent fréquemment pour recevoir de la formation et de l’information utile à leur entreprise. La brique numérique vient aujourd’hui s’intégrer dans les formations plus globales dédiées aux dirigeants de PME. Est-il prévu de mesurer la performance du programme Transition numérique ? C’est ce que tout le monde aimerait. Mais il est assez difficile de mettre des métriques en place. Certains de nos membres publient des observatoires ou des baromètres sur l’évolution des usages numériques dans les TPE/PME (voir ci-dessous le baromètre d’Opinionway réalisé pour EBP). La progression du nombre de sites internet créés est un premier indicateur intéressant. Une autre preuve que les choses bougent, c’est le constat que nos adhérents sont de plus en plus sollicités.

Une bonne manière de finir de convaincre les TPE d’investir dans le numérique serait de passer par l’incitation fiscale

Y a-t-il un risque à ce que le programme Transition numérique ne soit pas reconduit en cas de changement de mandature ?

Non. Le programme est protégé par une caution ministérielle. Surtout, il est implémenté au niveau de la DGCIS, qui n’a pas de couleur politique. Le budget a été voté par le gouvernement pour une durée a minima de quatre ans, mais ce sont plutôt les industriels qui portent le programme. La défaillance pourrait venir d’un manque de motivation des industriels. Mais nos frais d’abonnement sont dérisoires, de 500 à 3000 euros.

Le numérique n’est-il pas le cadet des soucis du patron de TPE ?

Sincèrement, je ne crois pas, c’est de moins en moins vrai. La forte présence du numérique dans la vie personnelle change l’appréhension que pouvait ressentir le dirigeant de PME à l’endroit de la chose digitale. Une bonne manière de finir de les convaincre serait de passer par l’incitation fiscale, chèque numérique, crédit d’impôt numérique… Des dispositifs que nous avons proposés au gouvernement, pour l’instant sans effet.

Quel est le projet numérique retenu en priorité par un patron de TPE ?

Le e-commerce. C’est la deuxième étape qui suit la mise en place d’un site web vitrine, puisque c’est un moyen pragmatique de doper son business.

Le baromètre des usages numériques professionnels | Opinionway pour EBP (septembre 2013)